| Appel à soutien au tribunal | Par Thierry Müller, Monday, May. 19, 2008 at 5:46 AM
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Cour d’Appel de Liège, 10 juin 2008, « Affaire Onem – Occupation de l’Onem, les 26 et 27 mai 1999 » : Ministère Public et Onem de Liège (et quelques membres du personnel) contre SG, L J, C C et T M [les noms ont été caché par Tadmin]
Bonjour à vous
Il y a neuf ans, un jour de mai, vers 16h50, une cinquantaine de personnes pénétrèrent dans les locaux de l’Onem de Liège…10 minutes plus tard, ils s’y barricadaient au dernier étage. Puis, quelques instants après, ils étaient rejoints au rez-de-chaussée mais aussi pour partie à l’intérieur du bâtiment, par plusieurs dizaines de marcheurs européens, français et espagnols pour la plupart.
Ces occupants dont je faisais partie, avec toi peut-être, réclamaient une rencontre avec le directeur de l’Onem afin qu’il signe une lettre par laquelle il enjoindrait à ces inspecteurs d’arrêter les « visites » domiciliaires sauvages qui avaient cours à l’époque chez des milliers de chômeurs se déclarant comme isolés.
D’autres revendications, complexes à expliquer ici mais pourtant toujours d’actualité, étaient reprises sur cette même lettre. A dix heures du soir, le directeur accepta enfin une rencontre avec trois délégués, au rez-de-chaussée du bâtiment et sous protection de la police. Avec mépris et cynisme, il refusa tout ce qui lui était demandé. L’occupation continua donc toute la nuit. A 9h du matin, nous quittions les lieux et, pour éviter toute arrestation, nous nous fondions au milieu des marcheurs européens « pour l’emploi et contre la précarité » venus rechercher pour les emmener vers Cologne ceux d’entre eux qui avaient passé cette nuit d’action avec nous.
Quelques mois plus tard, le gouvernement votait une loi qui réglementait enfin ces visites domiciliaires les rendant quasi inopérantes. C’est pourquoi, depuis, à notre connaissance, il n’y en a plus eu, si ce n’est avec l’accord complet et assuré de la personne concernée, et donc sans effet fâcheux pour celle-ci.
Quelques mois plus tard aussi, la police se mit à interroger plusieurs d’entre nous et à confronter les membres du personnel à un film d’Alternative Libertaire. Outre moi-même, que le directeur, le sous-directeur et la police en civil présente sur les lieux durant toute la nuit avaient déjà identifié, trois autres personnes sur base de ce film furent vaguement reconnes et se retrouvèrent ainsi avec moi…cinq ans plus tard ( !) sur les bancs du Tribunal Correctionnel de Liège. Nous étions accusés de vol et de complicité de vol de boissons et de nourriture (du mess) mais aussi d’une machine à café, d’une photocopieuse et puis de divers objets personnels du…personnel (qui du coup se portait partie civile contre nous avec leur employeur, pour que leur soit remboursés qui un bic parker, qui un pull de valeur, qui encore un auto-radio…etc…!). Accusés aussi sur base d’une loi anti-terroriste de « destruction totale ou partielle d’édifice public » ( !) pour avoir abîmé le roofling du toit où nous étions effectivement montés durant toute la nuit ; ce toit constituait notre base d’observation des mouvements policiers, notre plate-forme de contact avec ceux qui nous soutenaient en bas et surtout notre position de repli ultime en cas d’intervention répressive…
Pour dédommagements des objets leur soit-disant dérobés et pour les dégâts que nous avions commis au toit mais aussi aux locaux, aux armoires et aux bureaux, l’Onem et ses employés espéraient obtenir 7000 euro.
L’un des accusés, « reconnu » par le personnel, n’avait en rien participé à cette action. Il n’était même pas à Liège ce jour-là. Il a –ouf !- été acquitté. Mes deux autres co-inculpés demandèrent la suspension du prononcé, ce qu’ils obtinrent, ce qui signifie qu’ils furent reconnus coupables en l’occurrence de vol et de complicité de vol, seule prévention retenue par le juge en bout de course, mais ne furent condamnés à aucune peine. Pour ma part, n’ayant pas demandé cette suspension de prononcé, démarche qui vaut en quelque sorte pour aveu de culpabilité, j’ai été condamné à un mois de prison avec trois ans de sursis. Au civil, l’Onem obtint 1000 euro environ pour remboursement des boissons et de la nourriture du mess, payable « solidairement », ce qui signifie que la totalité de la somme peut par exemple être réclamée à une seule des personnes reconnues coupables.
L’Onem, dont tout le monde connaît les difficultés financières( !), décida d’aller en appel de cette décision et le Ministère Public décida de suivre au Pénal…Et puis le temps se mit à passer et le dossier de dormir…Et puis quatre ans plus tard, il y a quelques semaines donc, un employé zélé décida de réveiller ce dossier empoussiéré… Par le biais de mon avocat, j’appris que « l’affaire » allait être rejugée totalement, au civil comme au pénal, le 10 juin prochain à 9h en cours d’Appel de Liège, Place St Lambert.
Pour ne pas que ce re-jugement d’une action politique collective, criminalisée en affaire de vol et de destruction de biens, se déroule dans l’indifférence générale, dans l’anonymat le plus complet, je serais heureux que tu sois présent(e) ce jour-là, aux côtés de moi-même et des trois camarades que le Ministère Public et l’Onem tentent de faire publiquement passés pour des délinquants de droit commun déguisés en vulgaires petites frappes. Il est inutile en effet de préciser que l’aspect politique de cette action, ses effets positifs pour des milliers de chômeurs qui depuis n’ont plus eu à craindre des manœuvres d’intimidation et de harcèlement à leur domicile, -notamment sur leur vie sexuelle et affective !-, tous ces aspects sont purement et simplement escamotés lors du débat judiciaire. Ta simple présence à côté de celle d’un maximum d’autres personnes sensibles à ces questions peut rendre à ce procès sa réelle dimension, une dimension politique, où ce qui est indirectement jugé et doit être sanctionné par l’autorité publique, ce ne sont pas des dégâts matériels ni la disparition de nourriture ingurgitée aux frais d’une administration publique dont l’avenir financier ne craint rien, mais bien des activistes politiques qui, un soir de mai, décidèrent que « trop c’est trop » et choisirent, la colère au ventre, de prendre collectivement le parti de revendiquer la justice sociale aux risques d’être rattrappés un jour par l’injuctice pénale…neuf années plus tard…
Pour moi, il importe également que ce procès puisse servir à faire état de la situation actuelle des chômeurs, soumis à un harcèlement sur leur employabilité, ce qui n’est pas neuf mais s’est fortement amplifié, où il s’agit aux risques de se perdre y compris financièrement de faire la preuve de « sa volonté » (ou de son acceptation forcée par peur ou par culpabilisation) de se réinsérer, de mériter par le travail salarié hyper flexible et employable ou par le statut « piège à con » d’indépendant, c’est-à-dire d’auto-exploiteur, l’argent qui quotidiennement nous permet de vivre et d’éventuellement pour beaucoup d’entre nous de nous engager, de créer, de produire de la richesse sociale, relationnelle, communicationnelle, affective, humaine quoi et vivante… Ce harcèlement, cette pression pour la mise en oeuvre effective du Travail Obligatoire, doit cesser ; elle fait des dégâts pas seulement sous la forme d’exclusions et de sanctions financières douloureuses, parfois criminelles, mais parce qu’elle ramène dans le champ de l’aliénation et de l’exploitation par le système de production officiel d’énormes énergies créatrices, généreuses, vivantes, auto-flexibles et non marchandes…
Thierry Müller
PS : Si tu disposes d’un peu de temps, une courte réunion de préparation, pour simplement voir qui peut aider à quoi (contact journalistes, impression d’un flyer dont un petit groupe proposera une mouture déjà bien avancée, distribution de ce flyer avant et pendant le procès,… ), aura lieu le samedi 24 mai entre 16 et 18h au CP-CR, rue Jonruelle, 11, à Liège (quartier St Léonard).
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