| A Ankara aussi, 1er Mai mouvementé | Par Michael S., Tuesday, May. 06, 2008 at 11:04 PM
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Les manifestations du 1er Mai à Ankara n’ont pas rencontré un large écho. Et pourtant, elles furent relativement importantes : je vous propose donc un petit reportage sur les lieux, comprenant une série de photos et de vidéos témoignant de la présence policière massive, de l’hétérogénéité des manifestants et des organisations mais aussi des quelques violences commises, emportant avec elles un manifestant au moins à l’hôpital. Vidéo et photos disponibles sur http://tweebelges.be/photos/a-ankara-aussi-1er-mai-mouvemente
Le 1er Mai n’est pas un jour férié en Turquie, malgré les demandes répétées des organisations de gauche. Pourtant, dans un contexte d’opposition tendu face à l’AKP, le parti conservateur d’origine islamiste au pouvoir - le lecteur se souviendra de la question du port du voile dans les universités ou de la menace d’interdiction de ce parti par la justice turque - ce 1er Mai promettait d’être un succès de mobilisation, malgré l’interdiction par les autorités du rassemblement sur Taksim, la place symbolique d’Istanbul. Des affrontements et des arrestations massives ont eu lieu ce matin : je n’y reviendrai pas, vu le traitement important de la situation stambouliote par la presse européenne. Par contre, les manifestations à Ankara n’ont jusqu’à ce soir pas rencontré un large écho. Et pourtant, elles furent relativement importantes : je vous propose donc un petit reportage sur les lieux, comprenant une série de photos et de vidéos témoignant de la présence policière massive, de l’hétérogénéité des manifestants et des organisations mais aussi des quelques violences commises, emportant avec elles un manifestant au moins à l’hôpital.
Ce matin donc, je travaillais. Je n’arrive qu’en début d’après-midi dans le centre-ville. Au Mausolée d’Atatürk, seuls quelques ouvriers sont encore présents. La ville est calme. Je descends du bus à Demirtepe, où plusieurs dizaines de policiers sont assis en buvant du thé et en fumant des cigarettes. Je prends ensuite le métro jusque Kızılay : comme d’habitude les rues commerçantes sont bondées de monde. Seul le boulevard Atatürk, principale artère de la capitale, est vide, bloqué par des voitures de police. Les gens, par habitude, se promènent toujours sur les trottoirs. Au loin, on aperçoit le rassemblement, du côté de Sıhhıye.
Sıhhıye, comprenant des arrêts de gare, de bus et de métro, se trouve sur le boulevard Atatürk, mais présente la double particularité de ressembler à une place - dans une configuration proche de la place de Brouckère à Bruxelles - et de posséder une série de viaducs. Pas très charmant, mais pratique pour avoir une vue globale. Lorsque j’arrive, il y a encore peu de monde : les manifestants arrivent par l’autre côté de la place. Des hauts-parleurs souhaitent à chaque organisation la bienvenue, repris en chœur par les personnes déjà présentes.
Je me rends alors compte que la place est complètement ceinturée par des barrières Nadar et par un cordon serré de plusieurs centaines de policiers, la plupart habillés de l’uniforme ordinaire. Néanmoins des « Robocops » attendent en retrait, dans les bus, dans les nombreuses auto-pompes et autres chars. Seuls des accès étroitement surveillés permettent aux manifestants, tous fouillés, de pénétrer dans l’enceinte du rassemblement. En son sein, de nombreux calicots, un podium, des camionnettes et des hauts-parleurs bruyants : un 1er Mai qui ressemble à un 1er Mai, tout va bien. La présence policière est réellement impressionnante, mais l’ambiance n’est pas exagérément tendue, et les Turcs habitués aux contrôles de sécurité à répétition de leur pays.
De l’autre côté de la place, les manifestants entrent par organisation, en chantant, en criant des slogans, et se prêtant plus ou moins de bonne grâce aux fouilles. Deux choses m’ont frappé : premièrement, les Turcs manifestent dans un ordre déconcertant, parfois à la queue leu leu, en tout cas toujours dans leur organisation. On y trouve d’ailleurs une bonne partie de la gauche turque, des kémalistes aux marxistes de tous bords, en passant par les syndicats et les anarchistes. Deuxièmement, et ça devrait faire plaisir à certains d’entre vous, toutes les tranches d’âge sont représentées, et particulièrement les jeunes. Les organisations de jeunes d’extrême-gauche sont extrêmement nombreuses, les étudiants omniprésents, mais aussi un nombre important de collégiens et de lycéens, organisés et déterminés, reconnaissables à leurs uniformes et leurs cravates. Vivifiant.
Les slogans sont chantés, hurlés, et se portent essentiellement contre l’AKP. L’ambiance est agréable sous le soleil d’été : je suis heureux de voir autant de monde, de reconnaître le visage de la Turquie que j’aime et pas celui des conservateurs ou des Sarkozy. Jouissif.
Je décide de traverser la place et de monter sur le viaduc pour avoir une meilleure vue d’ensemble et pour discuter plus calmement avec les Turcs présents. Les manifestants arrivent toujours, remplissent peu à peu la place. Les anarchistes suivent. Ils ne sont pas encore rentrés qu’une bagarre surgit à l’intérieur, dégénère rapidement et prend de l’ampleur. Il y aura plusieurs confrontations directes avec les policiers. Des bâtons volent, des coups se perdent. La police turque n’y va pas par quatre chemins : gaz lacrymogène à profusion. Le résultat ne se fait pas attendre, les manifestants refluent, mais reviendront à la charge à quelques reprises. Les manifestants et les policiers crachent leurs poumons, les installations policières sont éventrées, traînées. Bilan : un blessé. Selon les autorités, irritation du système respiratoire. L’évacuation se passe malgré tout en civière. Mais finalement, le meeting reprend, toujours sous tension, les manifestants levant leur poing comme un seul homme. L’image d’un 1er Mai militant, sans boudin, sans Jupiler, sans Freddy sur le podium.
Vidéo et photos disponibles sur http://tweebelges.be/photos/a-ankara-aussi-1er-mai-mouvemente
tweebelges.be/photos/a-ankara-aussi-1er-mai-mouvemente
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