| Marche contre l'autoroute à La Brouck | Par François Schreuer, Monday, Nov. 27, 2006 at 2:23 AM francois@schreuer.org
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Reportage sur la marche organisée par le comité de quartier de La Brouck, dans la commune de Trooz contre le projet du gouvernement wallon de construire une nouvelle autoroute entre Cerexhe-Heuseux et Beaufays, à l'est de Liège.
Entre 300 et 400 personnes, principalement des habitants du quartier, ont manifesté ce dimanche 26 novembre en matinée à l'appel du comité de quartier de La Brouck, dans la commune de Trooz. Ils entendaient protester contre le projet de construction d'une nouvelle autoroute à l'Est de Liège et particulièrement contre la construction d'un viaduc de près de deux kilomètres de long qui, d'après les projets du Ministère wallon de l'équipement et des transports devrait dans quelques années décrire une ample courbe autour et en partie au-dessus des habitations à 80 mètres au-dessus du sol.
Au cri de «Enterrez l'autoroute, pas La Brouck», les manifestants ont relié le quartier de La Brouck à la maison communale de Trooz, précédés d'un corbillard symbolisant la mort que risque ce quartier populaire, déjà fort éprouvé par diverses nuisances environnementales et particulièrement par l'usine métallurgique de Prayon, aujourd'hui fermée, mais dont les sols restent extrêmement pollués. «Pourquoi devrions-nous respirer la pollution des camions qui passeront au-dessus de nos têtes si ce projet est réalisé» demande José Chacon, président du comité et candidat sur la liste Ecova aux dernières élections. «On sait que les moteurs diesel des camions rejettent des substances cancérigènes» ajoute cette habitante, inquiète pour sa santé et celle de ses proches. «Je n'ai pas assez d'argent pour déménager» renchérit un pensionné.
Se joignant à ces protestations, Jean-Denys Boussard et quelques-uns de ses amis de la Commune Libre de Saint-Pholien des Prés étaient venu pour conspuer le lobby des bétonneurs, amenant avec eux le corbillard qui sert habituellement à l'enterrement de Mati l'Ohé. M. Boussard, par ailleurs candidat (CDH) aux dernières élections communales à Liège, critiquait «les échevins et les ministres qui se laissent embobiner par le lobby du béton dès qu'ils arrivent au pouvoir».
L'inégalité de traitement entre les communes riveraines est également pointée du doigt par le comité de quartier. Alors qu'une commune riche comme Chaudfontaine est semble-t-il délibérément préservée par le tracé de la future autoroute, tout en bénéficiant d'une desserte privilégiée, Trooz reçoit une bonne part des nuisances sans bénéficier, explique-t-on parmi les habitants, de la même considération que certaines de ses voisines.
Au-rendez-vous de cette première manifestation, qui — à croire un membre du comité organisateur, en appelle d'autres dans les mois prochains — on trouvait également une vingtaine de cavaliers, venus du manège «El Cortijo» qui se trouve sur les hauteurs du village et sera en bonne partie rayé de la carte par le passage de l'autoroute. Denver, habitante du manège et porteuse d'un grand calicot, explique que des espaces naturels de grande qualité vont être détruits. Effectivement, c'est notamment un site de pelouses calaminaires, particulièrement rare et classé par l'Europe «Natura 2000», qui disparaîtra si le gouvernement wallon ne change pas d'avis.
En l'absence de la bourgmestre, les manifestants ont été reçu par le premier échevin, M. Hotermans (PS), par ailleurs membre du cabinet du ministre Daerden, qui a pris acte de leurs doléances tout en évitant de se prononcer. Si on suppose que l'échevin d'une commune qui sera sinistrée par cette autoroute ne doit pas être totalement enthousiasmé par le projet, l'employé du ministre Daerden a visiblement jugé prudent de ne pas s'avancer. C'est que la construction de cette autoroute, M. Daerden semble décidé à la mener à bien, contre vents et marée si nécessaire. «Il est jaloux de Jean-Pierre Grafé, à qui on attribue la construction du tunnel de Cointe» pense ce militant anti-autoroute, «il veut laisser sa marque.» «Si ce projet devait aboutir un jour» réplique le tract du comité de quartier au sujet du ministre controversé, «on dirait de lui qu'il est responsable de tout cela parce qu'il n'aura pas tenu compte des enjeux de son temps et qu'il aura continué la politique du passé sans se préoccuper des gens».
Le projet a en effet été l'occasion, semble-t-il, d'une prise de conscience environnementale pour les habitants. Si, au départ, la menace immédiate pour leurs biens et leur qualité de vie ressentie par ces citoyens a été un des déclencheurs de leur mobilisation, on est désormais loin du phénomène «Nimby» auquel certains veulent ramener ce mouvement. Et les arguments avancés sont à présent largement axés sur l'impasse d'une politique de mobilité encore nettement dominée par la voiture individuelle et le transport par camions. «La Région wallonne est capable de mettre 200 ou 300 millions d'euros pour construire une autoroute dont on n'a pas besoin, mais elle est incapable de faire en sorte que nous ayons des transports en commun corrects et financièrement accessibles» explique un habitant du quartier.
«Il y a aussi une question de justice sociale», explique celui-ci qui pointe la motivation principale à la construction de ce nouveau tronçon autoroutier: les camions qui transitent par la Wallonie. «Est-il acceptable que des entreprises qui gagnent énormément d'argent en transportant leurs marchandises aux quatre coins de l'Europe puissent détruire notre environnement et soient en plus subventionnées par les pouvoirs publics qui leurs construisent des autoroutes? Il existe pourtant des alternatives: Pourquoi ne met-on par sur le train tous les camions qui voudraient passer par ici? Ça ferait beaucoup moins de nuisances, ça coûterait moins cher aux citoyens et plus aux entreprises.»
Une délégation du parti Ecolo était d'ailleurs présente composée notamment d'un groupe de jeunes de l'organisation EcoloJ accompagnés notamment de Bernard Wesphael, député wallon et opposant de longue date au projet, et Muriel Gerkens, députée fédérale, ainsi que de Colette Balsacq, qui devrait devenir d'ici quelques jours échevine dans la commune de Fléron; laquelle risque également être traversée par la nouvelle autoroute. Pour Mme Balsacq, il est évident que des alternatives existent, en particulier du côté des transports collectifs qui pourraient contribuer à désengorger le réseau routier existant. Elle se dit également consciente des risques d'atomisation spatiale que représente cette autoroute: la construction de nouveaux centres commerciaux à côté de telle ou telle sortie fragiliserait encore plus les centres urbains de l'agglomération liégeoise et défavoriserait encore plus les citoyens qui ne peuvent ou ne veulent avoir une voiture.
Quel est l'avenir de ce combat contre le tronçon Cerexhe-Heuseux/Beaufays? Le pot de terre a-t-il une chance contre le pot de fer ? «C'est loin d'être fini», estime Frédéric Falisse, président du «Groupement CHB» qui se bat depuis plus de vingt ans contre l'autoroute.
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